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Trois articles parus sur le site de l’écrivain Claude BER

JARDIN DES VERTIGES (L’Hexagone, Québec, Canada)

La Québécoise Claudine Bertrand nous livre une de ses meilleures inspirations poétiques avec ce recueil. Son titre en dit l’apparent paradoxe : un jardin est une création délibérée, gouvernée par l’homme, à l’inverse des vertiges qui le surprennent et l’étourdissent. Mais la poésie n’est-elle justement pas cette emprise forte et irrésistible sur les sens, qui pourtant est connue et dirigée par les mots? Le début du livre le dit en beaux vers : «La vie s’est pendue au cou / puis dans la pénombre a cogné / comme tête contre poitrine// Chacun de ses mots / peut offrir du jour / peut manger du ciel.» Joie souvent, parfois amertume : «Mots contre nature / on les met en terre / pour faire venir l’aigreur// Dieu est une saveur / dans la bouche basse / il sécrète sa semence// sait-on ce qu’aimer veut dire?».

On sent assez que rien n’est abstrait, théorique, dans cette poésie pleine de souffles, de plantes, d’animaux, d’eaux qui métamorphosent jusqu’à la réalité urbaine : «Chargée de cascades / au mollet nerveux et musclé / la ville n’est plus la ville.» Une poésie qui herborise l’hellébore, le nombril-de-Vénus, la «Circée des Alpes / à deux pétales», qui interpelle des «clochers en cavale». Une fraîcheur, au goût de vivre si rares dans la poésie contemporaine! La sensualité du corps se transmet à la nature : «De la cuisse des aubépines / s’affole la tombée du jour», et réciproquement le corps amoureux est traversé d’une exaltation panique : «Grâce à l’odorat / les yeux fermés / on sait que l’amant est là// Elle tend les bras / Et sa bouche tourmente / comme la mer à boire// Devant le fenouil feuillage en nuage / le corps à corps se noue / se fout de tout.» L’élan va de la fragilité des arbres et de la chair à la voie lactée, dans une appropriation panthéiste fervente : «Balcon en forêt / offre une liturgie nouvelle / chaque jour ouvre le missel de tes mains / la parole nous exprime.»

Comment, lors du séjour en Rhône-Alpes qui a suscité ce recueil, Claudine Bertrand n’aurait-elle pas aimé les pages de Rousseau sur son bonheur aux Charmettes, les vieilles histoires paysannes, et cette femme guérisseuse, un peu magicienne, «qui parle à la nature», enseignant que «pour provoquer les rêves on boit / une infusion de clefs de noix»? Cette femme, c’est elle-même dans le jardin des mots. Comme pour le corps les décoctions de bardane, la lecture de ses pages est tonique pour l’esprit. «Traversée de matière vivante / je vibre comme pas une en bout de souffle» : oui, avec des mots précis, vifs ou tendres, une rythmique concertée.

Claudine Bertrand déploie au Québec beaucoup d’activité, dirigeant la revue Arcade et une collection de poésie; mais elle est aussi, surtout, un notable poète – disons comme au Québec une poète, c’est tellement mieux! – dont le portrait serait bien celui-ci : «Sans gêne et sans retenue / les lieux la courtisent// Avec mots images / et pointe de malice// Attise le sang des cigales / près de la roche pleureuse / plus elle s’approche / plus les larmes s’assèchent.»

Marie-Claire BANCQUART
Europe, Automne 2002

UN LIVRE À L’ENVERS

Avez-vous remarqué comme la lecture, au gré même de votre intérêt, peut aller de soi dans un mouvement dont la régularité vous double d’une sorte de volume agréablement neutre? On dirait que la conscience a trouvé là une compagnie intelligente, qui entretient son éveil mécaniquement. L’habitude se loge ainsi partout, y compris dans l’acte qui a pris son départ dans la passion. Mais cet acte attend toujours la secousse première, quitte à ne l’espérer plus qu’à l’improviste.

Vous avez donc «pris ce qui a toutes les chances de n’être qu’un livre de plus quand, soudain, la ligne s’effondre et vous voici à bout de souffle. Vous aviez oublié que lire est une respiration mentale et qu’il suffit à la phrase de rompre le rythme ordinaire pour qu’aussitôt – sujet, verbe, complément, qualificatifs, propositions principale et subordonnées étant déchaînés – advienne un désaccordement qui précipite en vous une présence. Tout va très vite, sans approche, sans alerte, car la structure de la phrase est une forme qui vous envahit, vous occupe.

Bien sûr, vous examinez cet effet, c’est-à-dire que vous remontez la page et relisez : «Je sens le drap une tendre partition nous nous perdons en étreintes rien n’est arrivé ton désir épars dernier croquis.» Oui, un seul point au bout, et cette succession par petites saccades qui s’accolent en battant de vitesse la logique et en faisant trembler le sens. S’agit-il d’images ou bien de sensations? Cette phrase, déjà, vous entraîne dans une autre dimension qui, brouillant tête et cœur, émeut toute votre épaisseur charnelle. Ou plutôt va l’émouvoir à mesure que l’effet produit par cette phrase sera multiplié par les suivantes.

Cependant, plus la lecture vous entraîne dans un engagement proche de l’étreinte – une étreinte aérienne -, plus vous devenez vigilant car cette résistance intensifie la relation avec le livre. Vous remarquez alors que, étant à présent accordé à la phrase, vous commencez à percevoir quelque chose qui, pour apparaître, avait justement besoin de cet accord, et qui est un espace très efficient et très étrange. C’est que La dernière femme de Claudine Bertrand n’est pas qu’un récitatif poétique à la bizarre douceur syncopée, mais un livre à l’envers puisqu’il établit ses références depuis l’intérieur de lui-même.

Cette impression de renversement interne s’enrichit encore quand vous prenez conscience que, dans son élan, frémit un désir bien plus secret. Vous hésitez longuement avant d’y reconnaître une vie à la recherche du modèle originel dont elle dépend et dont elle voudrait, ici, provoquer l’apparition afin d’y lire son propre sens. Claudine Bertrand ne compose pas seulement un poème : elle tente, à travers son élaboration, d’en réanimer la fonction la plus ancienne, qui est d’être le révélateur de la Figure. Autrement dit de la force naturelle la plus intime, avec sa chair de ténèbres et sa volonté de tirer de l’obscur une forme éclaircie.

Peut-être tout cela est-il au fond une remontée vers l’enfance, non pas telle que la reconstitue la mémoire, mais telle qu’au contraire elle échappe au souvenir dans son tourbillon de violences et d’enchantements. Après tout, l’enfance elle aussi est une sorte d’élément à l’état sauvage tant que son énergie n’a pas été captivée dans un Visage! L’étonnant, dans cette Dernière femme, est que l’auteur y soit allée par le poème vers le sens de sa vie, et en utilisant le perpétuel présent de l’écriture comme une surface miroitante où viennent se projeter les vieilles ombres.
Bernard Noël
In Lettres québécoises, automne 2001

MAIN DE DERNIÈRE FEMME

Le corps en tête de Claudine Bertrand
L’Atelier des brisants, 111 p.

La dernière femme de Claudine Bertrand
Traduit en tchèque par Jana Boxberger, Protis, 1140 p.

L’année 2000 est celle de La dernière femme. En plusieurs lieux, par Claudine Bertrand. «Elle se répète le même film rejoué en accéléré écarte un peu les jambes sa langue à plein corps.» Je veux dire : elle survient à Prague neuf ans après Montréal, et deux fois traduite : en langue tchèque, par une femme; en dessin par un homme. «Le siècle appartient à la nuit il fait très chaud ce soir elle encourt la chance et se réveille enroulée d’un autre corps.» «…le visage peint moitié de nuit moitié de jour.» Voici la moitié/moitié du passage de siècle au travers du corps féminin. Celui qu’annonce trois ans plus tôt la dédicace d’un livre «pour une fille qui naîtra de moi et moi d’elle Marie-Anaïs Nadja…»

Nadja? «6 octobre -…je sors vers quatre heures pour l’intention de me rendre à pied à «la Nouvelle France» où je dois rejoindre Nadja à cinq heures et demie.» Voici donc André Breton en personne, partant pour la Nouvelle France. Mais j’y suis déjà arrivé, qui se nomme désormais Canada, et Québec, en écriture de poésie. Une écriture s’y délivre, d’un an l’autre, d’année en année. Idole errante. Memory. Fiction-nuit. La dernière femme (La passion au féminin). Une main contre le délire. L’amoureuse intérieure. Liturgie du corps. Tomber du jour. À 2000 années-lumière d’ici. L’énigme du futur. Le corps en tête.

L’un des livres me parlait en premier : Une main contre le délire. Portant sur la page de couverture la composition en panoplie de Roch Plante – qui n’est autre que Réjean Ducharme. Je le lis à Senago, près de Milan, dans la Villa Borromee : «D’hier à demain/et plus loin/ne se souvient de rien/pas même d’ici//……Ses yeux/la zone grise/qu’elle pose/sur les heures/sans rien retenir//… Le corps de l’autre/à bout de souffle/l’homme/d’un soir trop long/à écouter//…Un opéra lointain/lui bouleverse/un futur intérieur.» Quel sera ce salon au fond d’un lac aménagé par une femme qui adresse les signes de la dénégation par cette distance du tout près : «…elle reprend goût/à la nuit/de tous les jours.» Cette Femme à fables en invente par lignes : «…s’invente/un dieu/à force d’écrire.» Une espèce d’imperturbable évidence, écrira Bernard Noël : sentiment étrange d’une action en cours.

Femme épique
Il est vrai que Le corps en tête est une singulière avance : «Des mains poussent. Elles soufflent sous ma robe…Enlangue-moi, ô loup de mer… Plante tes dents… chairis-moi…» J’aperçois une épopée au féminin qui serait un épique taoïste, par le moins-dit. Car aucune femme peut-être ne fut épopiste. Imagine-t-on La Jérusalem délivrée ou La Messiade ou Paradise lost écrites par une femme? Mais au-dessus de ces monstres de poésie s’esquisse l’ombre plus haute du poème au féminin. Pernette du Guillet, avec son nom d’héroïne d’une simple fable de La Fontaine, nous enchante infiniment plus que ces vastes machines : «L’heur de mon mal enflammant le désir// …Qui fait que mort tient l’autre en son pouvoir// …Dieu aveuglé, tu nous as fait avoir / Du bien le mal…» Je vois, par Claudine Bertrand, approcher de minces et violents dangers : «Le jour s’arme de regards sans yeux // ,,,il lui use les hanches. Plus rien n’est à lui… devenu ce qu’il voit.» Et «l’infatigable sorcier» est mis à merci par celle qui «mange un signe dans chaque tableau». Or, «le feu coule de toi en moi, et c’est mon sang. Il siffle dans mes veines». Or chaque page est alors épisode. «Je m’allonge à vos côtés. Nos corps s’en vont de fable en fable.»

Au centre de la suite sans repère une dramatique. «L’ultime nuit, plus vaste et noire que les autres, enlace nos corps / seins et cuisses gémissent / Une histoire délirante / Le dernier matin, on se baigne / Dans la lumière crue je songe à ce corps. / Je cache mon visage en larmes, l’orage de profil / Je n’entends que la rage / Ce matin où tout s’est joué en un éclair.» L’amoureuse intérieure : mais en quel «épisode»? «Une image floue dans l’audace de la lumière…» Or, «elle retrouve invariablement son existence entre les lignes».

L’audace de la lumière
Épisode et fable. «Derrière une voix suppliante, j’entends celle du père, du frère, de l’amant, puis de l’enfant. Tant de choses à taire / le désir n’est-il qu’une passion orpheline dans ce pays de sable…» «Voix au-dedans de la voix, jets de vie…» «Reprise de la scène primitive / Mon côté femme, je le camoufle / sous la chair, veillent des griffures / Le café dans la tasse, je n’en ai pas bu.» Ainsi, le poème dit plus vite, plus fort, ce qui serait un romanesque longtemps. Il marque au fer la fragilité. Voici donc l’audace de la lumière.

S’il y a «québécoiserie» – comme disait Leiris – en cette forme d’imperturbable douleur, c’est bien dans cette façon de laisser basculer le paysage. Cette fois, là encore; autour du corps féminin. Ici plus qu’ailleurs on voit l’univers bouger soudain. Il n’y avait pas de voie fluviale, pas de bec avancé, avant le récit corporel qui conduit sous cette falaise et au bord de cette île le navire mallarméen porteur de femmes et d’hommes : «Au seul souci de voyager / Outre une Inde splendide et trouble / Ce salut soit le messager / Du temps, cap que ta poupe double // …Solitude récif étoile / À n’importe ce qui valut / Le blanc souci de notre toile.» L’écoute mallarméenne m’a fait longtemps penser, avant de le voir, au pays de Nelligan. Le Huron à Versailles, dont les belles dames vérifient, à l’instant de son baptême debout dans l’eau, qu’il n’est pas celui de l’ennuque raconté par les Actes des Apôtres, le voilà façonné par le corps au féminin, qui lui donne pouvoir de continuer l’univers sans que celui-ci s’abîme au chaos.

Or, de même qu’il s’en faut d’être deux pour pouvoir poursuivre le tracé du monde, il fallait la double langue fécondante sur le Saint-Laurent. Aujourd’hui, pas de meilleure «Défense et illustration de la langue québécoise», que cette langue de poésie en dix livres où Claudine Bertrand, porteuse d’Arcade et cariatide elle-même, porte l’imperturbable évidence d’une prosepoésie de parfaite langue française : lumineuse fenêtre au même continent, pour l’ample toile en la langue anglaise – celle que rencontre soudain Baudelaire en Poe et dont il a ramené le filet au continent européen.

«Ici, dans le silence» où «la dernière femme {est} enfermée dans le roman d’un sujet inavouable appelé délire». Une main vient et devient «contre le délire», qui est poème. Quand le F de femme «tient lieu de mémoire d’une enfance à l’eau de prose». Car «la forme du journal intime tient à l’œil nu». Or la nudité de l’œil est poésie. «Tu me hâtes en toi», dans les mots de Gaston Miron. Dont elle est la successeur authentique et la sauvage parèdre.

Jean-Pierre Faye , In Revue Spirale, 2003

Télécharger la liste complète des œuvres de Claudine Bertrand
Mise à jour 2020, format PDF : PUBLICATIONS 2020

Sous le ciel de Vézelay

À la suite d’un séjour à la maison Jules-Roy, en Bourgogne, Claudine Bertrand entre dans l’intimité du lieu et partage avec nous ses impressions sur Vézelay et les paysages du Morvan qui l’entourent. Elle fait appel tout autant à ses sensations du moment qu’à l’histoire et aux personnages qui ont marqué ce haut lieu de pèlerinage sur la route de Compostelle. En équilibre entre mystique religieuse et inspiration laïque, elle nous transmet sa fascination pour la basilique qui domine la citadelle et nous invite sur un chemin de lumière.
Editions : L’Harmattan. Collection Accent tonique poésie, illustrations Maria Desmée, France 2020. Date de publication : 16 mars 2020.

Commentaire sur « Rêves de paysage » par Jean – Paul Gavard-Perret (2 avril 2020) – littéraire .com

Avec un style sou­vent lapi­daire, les mots d’un tel livre sont au ser­vice d’ un « pay­sage » dont Clau­dine Ber­trand, telle une “Der­nière femme” devient la voyelle, la pierre sau­vage. Elle l’éclaire par tres­saille­ments pour en déli­vrer les secrets. Mais, dans ce lieu, elle n’est pas for­cé­ment seule. Peut se « croi­ser un homme au hasard » pour une jubi­la­tion de l’éros que sou­ligne une der­nière photo de Joël Leick : buste nu de femme recou­vert de mon­naie du pape. C’est comme si l’amour venait moins pour cas­ser le cours des choses que ren­for­cer le che­min de la vie et inven­ter la com­mu­nauté inavouable au sein d’une entropie.

Existe un jeu entre l’imaginaire et à la réa­lité, bref entre deux uni­vers et des lieux inso­lites sou­li­gnés par les pho­to­gra­phies en noir et blanc de Joël Leick. Le pay­sage est à la fois simple et com­plexe car en lui et ses sur­plombs et para­digmes “Le ciel défait ma che­ve­lure / délivre des sons /sur la plage offerte”.
Cette che­ve­lure n’est en rien bau­de­lai­rienne mais s’ouvre à la fic­tion et la chute qui inter­rogent à leur façon la ques­tion du nous, de l’amour, ses fris­sons, ses sen­sa­tions, ses ivresses et son tumulte intérieur.

La pas­sion est là sans forme alam­bi­quée mais celle qui écri­vait : « depuis le début des temps / je m’appelle Constance / mal­gré tout je me sens prête à décol­ler » reste dans sa sen­sua­lité exis­ten­tielle. La chair filtre, la langue s’évade et jusqu’au ventre glisse une pluie de bai­sers là où le réel s’épuise avant que, plus loin, après, les pho­tos de Leick avec leurs arbres aux branches impor­tunes créent un autre pay­sage secret.
Le monde une fois encore devient pas­sion et l’auteure son pas­seur, qu’importe si une « héroïne / empri­son­née » semble bri­sée.  Les his­toires d’amour se font encore étreintes obs­ti­nées “d’une langue à l’autre” en des caprices allon­gés et iso­lés de l’horizon.

Jean – Paul Gavard-Perret (2 avril 2020) – littéraire .com

Invitation à l’université de Plovdiv (Bulgarie) du 29 au 31 mai 2019 pour la présentation de la traduction en bulgare du recueil de poésies

 

Promenade dans la ville de Plovdiv avec l’éditeur en chef du journal L’Université de Plovdiv, son fils et la poète canadienne Claudine Bertrand qui était ravie de la beauté de la ville avec ses collines, ses vestiges de l’époque romaine… et la maison d’Alphonse de Lamartine.

 


Présentation du recueil de poésie de la poète canadienne Claudine Bertrand, traduit en bulgare par Dimana Ivanová, à l’Université de Plovdiv en Bulgarie, en présence de la traductrice et de l’éditeur Tilio Tilev.

 

 

 

 

Dimana Ivanová est avec Claudine Bertrand. En route vers le sommet de la forteresse de Asenovgradskata.

Allocution du président de l’Assemblée nationale, M. Jacques Chagnon, à l’occasion de la cérémonie de remise des insignes de l’Ordre de la Pléiade, le 12 juillet 2018

 

Notes d’allocution

du président de l’Assemblée nationale,

M. Jacques Chagnon

 

À l’occasion de la cérémonie de remise des insignes

de l’Ordre de la Pléiade

 

Québec, le jeudi 12 juillet 2018, à 18 h 30

Domaine Cataraqui

Par Martine Dignard

Bonsoir,

 

Je suis heureux de vous accueillir dans cet immeuble patrimonial classé et situé dans un parc historique, pittoresque et unique au Québec.

Deux mots me viennent en tête et traduisent mon état d’esprit en cette soirée de remise de l’insigne de la Pléiade : ces mots sont privilège et honneur. Privilège d’être en compagnie de personnes dont la carrière et l’engagement se sont manifestés en servant les idéaux de coopération et d’amitié de la francophonie. Et Honneur de vous remettre cette distinction en mon nom et en celui de tous les membres de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie.

L’Ordre de la Pléiade est l’Ordre de la Francophonie et du dialogue des cultures. Il tire son origine de l’Organisation internationale de la Francophonie et a été créé en 1976 par son assemblée parlementaire, qui, elle, a vu le jour en 1967.

Cet ordre reconnaît les mérites de personnalités issues de différents domaines, mais unies par leur intérêt envers la francophonie et ses valeurs, lesquelles consistent à promouvoir et à défendre la démocratie, l’État de droit, le respect des droits de la personne, le rayonnement international de la langue française et la diversité culturelle.

Prendre la défense de sa langue et désirer l’enrichir n’est pas un fait nouveau. La Pléiade est issue d’un groupe de poètes français du 16e siècle dont Pierre de Ronsard et Joachim Du Belley sont sans aucun doute les plus légendaires.

En 1549, Joachim Du Belley publie La Défense et illustration de la langue française (La Deffence et Illustration de la Langue Francoyse dans l’orthographe originale). Ce livre est considéré  comme le manifeste des idées des poètes de la Pléiade. Ce texte fondateur souhaite mener une réflexion sur les moyens d’enrichir la langue et la littérature française et de faire progresser la culture française sur le modèle de la Renaissance italienne en redécouvrant la culture antique, ses arts et son savoir.

469 ans plus tard, nous voici réunis avec la même conviction que la défense des valeurs de la Francophonie est toujours aussi actuelle et percutante.

Aujourd’hui, ce sont 6 personnes qui viennent grossir les rangs des personnes décorées de cette médaille représentant une étoile à 7 branches émaillées de bleu et à double face présentant à l’avers un médaillon avec une rose des vents soulignée par l’exergue « la Pléiade, ordre de la Francophonie », entourée de 7 petites étoiles, placées dans les 7 branches de l’insigne. Au revers, le pont Adolphe, à Luxembourg, où a été créée l’Assemblée parlementaire de la francophonie, symbole d’unité.

Dans quelques instants, 5 personnes obtiendront le grade de CHEVALIER et 1 personne recevra le grade d’OFFICIER.

Parmi ces personnalités,personnes chevronnées sont issues du monde politique et de l’administration publique. Il s’agit de Mme Maryse Gaudreault et de

M. Normand Jutras.

Deux professeurs émérites ont quant à eux consacré leur vie à la recherche. J’ai nommé MM. Réjean Pelletier et Alain G. Gagnon.

Finalement, 2 personnes se sont distinguées dans le milieu littéraire et artistique. Je vous les présente : Mme Claudine Bertrand et M. Alain Chartrand.

Mme Maryse Gaudreault est députée à l’Assemblée nationale du Québec depuis 2008. Elle est vice-présidente de l’Assemblée et
1re vice-présidente du Réseau des femmes parlementaires de la Francophonie. Ce réseau vise à renforcer la place et le rôle des femmes dans les parlements membres et dans les organisations internationales, à favoriser les échanges d’expérience, à encourager la solidarité entre femmes parlementaires et, enfin et surtout, à contribuer à la défense des droits de la femme et de l’enfant.

Femme engagée, elle compte de nombreuses années d’expérience dans le domaine de la philanthropie et du bénévolat. L’avancement des femmes, l’alphabétisation et les œuvres humanitaires figurent parmi les causes qu’elle défend toujours avec autant de conviction et de passion, et cela, dans toutes les fonctions qu’elle occupe.

M. Normand Jutras est avocat de formation. En 1994, M. Jutras fait le saut en politique et est élu député de Drummond. Il est tour à tour whip adjoint du gouvernement, ministre de la Sécurité publique et ministre de la Justice en 2002 et 2003. L’accessibilité à une justice plus efficace et à moindre coût, la démystification du processus judiciaire, la poursuite d’une communication accrue avec le Barreau du Québec, la mise en place d’une réforme de procédure civile et un soutien plus grand aux victimes d’actes criminels figurent parmi les causes qu’il a défendues bec et ongles pendant sa carrière. De 2013 à 2018, il a été curateur public. Plusieurs ont salué son passage en disant qu’il avait toujours agi comme un bon père de famille et qu’il avait fait preuve d’une grande efficacité dans son rôle de protecteur des personnes inaptes et du patrimoine des mineurs du Québec.

Politologue et professeur titulaire au Département de science politique de l’Université Laval,M. Réjean Pelletier analyse la politique québécoise et canadienne et leur système électoral depuis ses débuts comme professeur universitaire et chercheur. D’ailleurs, tous ceux et celles qui s’intéressent à la politique connaissent ce politologue invité à commenter régulièrement la politique sur différentes plates-formes médiatiques.

Que ce soit au moyen de ses nombreuses publications, de ses conférences, de ses communications publiques, pour son expertise pointue, ou comme professeur-chercheur, M. Pelletier a contribué à l’avancement des connaissances sur notre démocratie, ses fondements, sa structure, ses enjeux et ses défis futurs.

La carrière universitaire de M. Alain G. Gagnon  a outrepassé les frontières du Québec et du Canada. Plusieurs de ses travaux ont  été traduits dans plusieurs langues. Chercheur de premier plan, il a contribué à nourrir
3 générations de chercheurs dans les domaines de la politique constitutionnelle, du fédéralisme, du nationalisme, de la sociologie des intellectuels, de l’économie politique et de politiques publiques.

Professeur titulaire au Département de science politique de l’Université du Québec à Montréal et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, il aura toute sa vie cherché à comprendre le monde dans lequel nous nous inscrivons.

Mme Claudine Bertrand a, quant à elle, investi le milieu littéraire et du journalisme. Poétesse, essayiste, pédagogue et journaliste, c’est avec les mots de la langue française qu’elle a jonglé tout au long de son parcours professionnel. Honorée à plusieurs reprises pour ses écrits poétiques, plus particulièrement, elle a contribué à faire connaître la poésie québécoise à l’étranger par ses nombreuses lectures, ses conférences et ses ateliers de poésie. On lui doit également la création de la revue Arcade consacrée à l’écriture des femmes, toujours avec le dessein de faire connaître la littérature, de la diffuser et de la rendre accessible au plus grand nombre et ainsi d’enrichir la culture francophone.

M. Alain Chartrand s’élève en grade aujourd’hui en devenant officier, puisqu’en 1998, il avait été fait chevalier par l’Ordre de la Pléiade.

Biologiste de formation, M. Chartrand a bifurqué vers le monde de la chanson dans les années 80. Il s’est plus particulièrement fait connaître en cofondant le Coup de cœur francophone, premier festival montréalais dédié à la chanson francophone (1987). La légende veut que M. Chartrand en ait discuté pour la 1ère fois avec ses trois autres complices, à la Brasserie de la Salle – deuxième table à droite, sur la rue Ontario à Montréal ! Depuis, il en assure la direction générale et artistique, contribuant ainsi au succès de cette activité phare, novatrice et pionnière dans son domaine. Aujourd’hui, le festival est présenté dans près de 50 villes canadiennes, favorisant l’émergence de la chanson francophone à travers différents modes d’expression et la découverte d’artistes de la scène nationale et internationale.

Parmi ses nombreuses réalisations, mentionnons également celle de rédacteur en chef de la revue Chansons (1990-1996) et celle de président de l’Association des réseaux d’événements artistiques (2006-2016).

Vous serez sans doute d’accord avec moi, Mesdames et Messieurs, pour dire que les récipiendaires que nous honorons aujourd’hui ont tous contribué à leur façon à l’enrichissement de la culture francophone. Leur désir de dépassement dans chacun de leur domaine, leur engagement et bien sûr leur talent continuent d’être une source d’inspiration et d’impulsion dans l’ensemble de la Francophonie.

Clôture de la 34e Session de l’APF

Puisqu’il s’agit de notre dernière rencontre, permettez-moi maintenant de vous remercier en mon nom et en celui de la Section du Québec, pour votre présence et participation aux travaux de cette 34e Session de l’Assemblée régionale Amérique (ARAM).

Un remerciement particulier à la présidente déléguée de l’Assemblée régionale Amérique, la députée Carole Poirier, qui a su de main de maître présider les travaux.

Je tiens également à souligner le travail de toute l’équipe de l’Assemblée nationale qui a participé avec brio au succès de cette rencontre.

Nos échanges concernant la thématique annuelle, soit l’offre francophone numérique, ont été enrichissants. Ces échanges nous seront utiles dans le cadre de nos fonctions de législateurs. Il est primordial que ce lieu privilégié de dialogues ait un écho dans nos institutions respectives et fasse rayonner la Francophonie.

L’avenir nous réserve sans doute encore mille et une questions et autant de défis. Une chose est certaine, néanmoins, la Francophonie sera toujours un lieu, qu’il soit physique ou moral, où nous pourrons unir nos idées et nos actions afin d’être plus forts et inspirés.

Je terminerai sur une phrase de l’un des plus notoires ambassadeurs de la langue française, Gilles Vigneault, poète, auteur de contes et de chansons et auteur-compositeur-interprète québécois. Cette phrase va comme suit : « La Francophonie, c’est un vaste pays, sans frontières. C’est celui de la langue française. C’est le pays de l’intérieur. C’est le pays invisible, spirituel, mental, moral qui est en chacun de vous. »

 

Merci et bon retour à la maison!

 

L’eau entre nos doigts

Poésie.

Anthologie dirigée par Claudine Bertrand,

(126 poètes de la francophonie)

Éditions Henry. France 2018.

 

Rêves de paysage,

Poésie.

Avec des photographies de Joël Leick.

Éditions Dumerchez. France 2018.