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Du 19 au 22 novembre 2016, festival « Den Poezie » à Prague (République Tchèque)

Den poezie (13. – 27.11.2016)

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Téma letošního 18. ročníku festivalu Den poezie Žádný člověk není ostrov bylo inspirován verši anglického renesančního básníka Johna Donnea, které napsal roku 1624: „Žádný člověk není ostrov sám pro sebe; každý je kus nějakého kontinentu…”
Letošní ročník bude navíc spojen s novým projektem Poezie pro čekající, který představíme na tiskové konferenci společně s programem festivalu a profily předpokládaných hostů v pondělí 7. listopadu od 11 hodin v kavárně Liberál (Heřmanova 6, Praha 7). Festival bude zahájen v neděli 13. listopadu a poběží do neděle 27. listopadu, s tím, že stejně jako v minulých letech proběhnou večery i v pondělí 28. listopadu a úterý 29. listopadu.
Mapa pořadů:

Réception à l’université de Plovdiv (Bulgarie) et attribution du titre de Docteur Honoris Causa

 Université de Plovdiv (Bulgarie), le 30 mai 2016.

Claudine Bertrand est la première Québécoise à être honorée par cette distinction

 

 







Entrevue à Sofia pour la télévision nationale bulgare sur la traduction de ses poèmes en bulgare et sur la remise du Doctorat Honoris Causa par l’Université de Plovdiv (Plovdiv , choisie capitale culturelle européenne en 2017). Le nom du journaliste est Stoil Roshkev.

Réception au lycée Malacky de Bratislava (Slovaquie) le 1er juin 2016

Rencontre-lecture devant les élèves, les enseignants, le maire, la directrice, le représentant de l’Education et la représentante de la Culture.

 

 

 

 

 

 

 

 

Dimana Ivanovà (traductrice), Claudine Bertrand, Roman Csabay (responsible of all the schools in Bratislava region), Elena Krajčírová (director of the High school in Malacky).

 

 

 

 

 

 

 

Claudine Bertrand avec sa traductrice Dimana Ivanova et Ivana Heskova, professeure de langue et littérature slovaque.

En dédicace avec le maire de la ville, JUDr. Juraj Riha

Echanges avec les élèves sur sa démarche de création poétique et évocation de grands auteurs québécois ( Nelligan, Miron, Anne Hébert…)

Atelier de création animé par Claudine Bertrand, en présence d’un groupe d’élèves du lycée.

Montage de photos sur le parcours de la poète réalisé par les élèves du lycée et présentation de ce parcours de la poète en langue slovaque

 

 

 

 

 

 

 

 

Tableau réalisé par l’artiste Ruzena Habova, offert par la directrice du lycée.

Rencontre-échange autour de la poésie du Québec, au Rotary International, le 2 juin, en présence de son président et de nombreux invités.

Un article de France Burghelle Rey sur « Rouge assoiffée », paru dans « La cause littéraire »

Par le titre de son anthologie, qui rassemble quinze recueils publiés de 1983 à 2009, Claudine Bertrand évoque au féminin amour et passion et l’ensemble des recueils le fait avec une poésie d’une richesse exigeante et dans un véritable hommage à la langue et aux mots.

Une étude exhaustive serait vaine ici. Il suffira de privilégier quelques aspects de l’œuvre pour rendre compte du génie de l’auteur.

Dans la première moitié du recueil la poète alterne l’expression en vers libres et celle en prose avec des textes qui, parfois brefs, vont jusqu’à se réduire en versets. C’est seulement à partir du Jardin des vertiges (2002) qu’elle trouve sa mise en page et choisit définitivement une disposition en vers libres, avec son rythme souple et musical et sa concision silencieuse. Ceux-ci présenteront, de plus en plus, pour affronter la vie et son destin, une maîtrise du vocabulaire ainsi que la simplicité d’un style souvent lapidaire et porté à la perfection, sans compromis, sans arbitraire comme dans Autour de l’obscur (2008) : « Profaner le fatum / Ce qui lui ressemble / Tirage au sort ».

Grâce à un certificat de scénarisation cinématographique, l’œil de Claudine Bertrand s’est fait caméra au service d’une écriture visuelle et dans ses textes liminaires, ceux de Mémory, par exemple, chaque cadrage embraye sur le précédent et les voix se multiplient comme des angles de prise de vue. Le lecteur des recueils récents se réjouit alors d’avoir confirmation de son admiration pour la poétique qui s’ouvre ici et offre tout son potentiel : « lente déchirure / de cette femme / mise à nue / voir soudain / l’œil de voyante ».

Au départ de la réflexion sont déjà convoqués les thèmes de la mémoire et du deuil récurrents dans l’ensemble de l’œuvre, avec le questionnement qui, d’évidence, va de pair.

Pour évoquer la mort : « jamais elle ne reverra son père et sa mère » (La Dernière femme, 1991), des mots concrets et choisis avec précision se font écho au long des recueils « ombre », « chaos », « crânes », « os », « guerre », « pierre tombale ». Cette dernière donnera lieu plus tard en 2005, sous le titre Pierres sauvages, à un magnifique développement sur la vie d’une matière devenue vivante : « La pierre crève les yeux du miroir ».

Ainsi se fait la quête conjointe de l’identité pour celle qui écrit : « je suis déjà morte » (Nouvelles épiphanies, 2003) ajoutant plus loin : « Dire je est lourd / surtout quand il fait défaut ».

Point n’est donc besoin de nouveaux mots, d’un nouveau langage à décrypter pour celle aussi qui, même en errant – « je perds l’écriture » dit-elle, dans le très bel opus A 2000 années-lumière d’ici(1999) – a le verbe simple et l’alliance innée du son et du sens : « depuis le début des temps / je m’appelle Constance / malgré tout je me sens prête à décoller ».

Et c’est dans la violence qu’il lui a fallu vivre et écrire là sa souffrance. Cette même année, Tomber du jour évoque la tornade qui détruit « maisons, villes et villages » et s’achève par une terrible chute : « Tombeau des regrets ». Tombera aussi la pluie en 2004 (Chute des voyelles) « à la recherche des pleurs  / Cette souffrance / jusqu’au dernier battement du monde ».

Mais la solitude à la fois de l’esprit et du corps « en réclusion », comme la recherche de l’identité de « l’orpheline / en deuil de soi », trouvent en l’écriture le meilleur adjuvant possible. Déjà en 1994 dansLa Montagne sacrée, avant même le mitan de l’anthologie, le verbe apparaît magnifié et semble la solution suprême à un destin décrit mot à mot ainsi que le fait une dentellière pour former ses jours : « Une parole / s’enracine au temps immémorial / Me délivre d’un secret trop lourd / une voix la plus déchirante / Réamorce le divin ».

Dans « un cantique de l’âme » et « en un poème symphonique », l’écriture assiste la mémoire par sa présence au monde et prépare la poète à l’accès vers la lumière. Celle-ci écrira dans Pierres sauvagesencore : « un mot à la fenêtre / éclaire le paysage ». Elle qui disait dans sa première prose : « Je ne suis qu’une fiction » annonce ainsi la renaissance, corrélative aux deuils multiples, qu’elle avait d’ailleurs pressentie dans une superbe assertion : « je suis une perpétuelle voyelle dans ce paysage sans limite » (La Dernière femme). Elle ne savait pas alors combien elle disait vrai et ignorait qu’une aventure de plus de vingt ans s’offrait à elle.

Avec Le Corps en tête en 2001, le troisième millénaire s’ouvre sur une constatation positive : « Je commence à entendre ce que je n’entendais pas ». Le monde, comme le corps lui-même, sont perçus dans une certaine jubilation. Se confirme enfin la joie ressentie à exprimer son existence par l’écriture poétique. Voici que l’année suivante, l’écriture, au service de la nature et du cosmos, rejetant les métaphores usées au profit d’expressions originales comme celle du « ciel jongleur » honore le corps et, plus encore, l’être féminin tout entier, lui qui « enlace le minéral / de baisers malicieux / sous un ciel ivre » (Jardin des vertiges).

L’amour encore y est exalté quand « Un cœur fuit / sous la verrière / de roses et de clématites » et qu’il « se révèle enflammé / de toutes lèvres complices ».

Il s’agira donc bien d’espoir dans Pierres sauvages car le voyageur, même s’il fuit, entend ce vers : « Voyageur, debout / c’est vers loin / que tu marches », et reçoit, par ces mots joyeux, toute la promesse d’un temps-espace offert à sa liberté.

Mais néanmoins restent encore des questions qui, dès les premiers temps de la réflexion, étaient là et l’écriture est elle-même objet de doute. En effet, Claudine Bertrand, à la lire, n’est pas toujours certaine que ses mots forment un poème. La douleur s’exaspère dans les derniers recueils quand la mémoire se trouve au comble du manque : « Je ne sais plus mon nom » et que son corps est malade au point qu’elle crie en une belle et émouvante paronomase : « Je n’ai plus de prière / …Je n’ai plus de pierres / ni de père » (Ailleurs en soi, 2006). Mais juste après, dans un sursaut, elle exprime sa décision d’« extirper le verbe / du verbiage / du vacarme / pour éloigner le banal / et rendre le mot à la bouche ». L’objectif essentiel est donc toujours bien le verbe.

Les mots étaient déjà en 2001 les compagnons de la femme renaissante :

« Dentelles, satin, tulles mousseline lui font un

cortège de sonorités sous le palais.

Un flux de lumière coule dans le corps de la pensée ».

Enfin dans le dernier recueil (Passion Afrique, 2009) la poète se fait le « passeur » de cette lumière, la voix « renonce à se taire » quand, « derrière chaque syllabe », est repoussée « la frontière ». On se souvient que celle qui s’identifiait au E n’a pas hésité, pour faire jouer la musique, à introduire dans sa poésie l’anglais ou l’italien.

C’est tout cela, avec la variété des moyens, la fidélité aux thèmes et l’harmonie d’un certain lyrisme évident malgré l’économie des mots, qui fait l’originalité et la valeur de l’anthologie Rouge assoiffée de Claudine Bertrand.

Un article de France Burghelle Rey sur « Au large du Sénégal »

Avec son livret Au large du Sénégal enluminé par d’une chaîne de plus de deux mètres d’îles en papiers gouachés, Claudine Bertrand part de nouveau en Afrique. C’est sous l’égide de Senghor et  de son impératif  » Ecoute le silence…la voix de ton cœur  » qu’elle écrit ses pages colorées.

On y retrouve l’écriture sobre et silencieuse de la poète et cette économie de moyens suffit à honorer un continent qui depuis longtemps l’inspire et dont elle parvient à rendre le mystère avec notamment la présence de  » L’inconnu / Aux lèvres sans nom « .

Avant lui elle a déjà évoqué  » la poussière des ancêtres et  » L’homme de l’île… Bougie en main  » qui  » interroge / La fuite des choses « . Mais heureusement contre le temps qui passe le langage est une solution pour  » l’homme nomade  » et pour la poète elle-même.

Ainsi, dans l’ensemble du recueil, la magie des mots qui, à un moment, culmine avec celui de  » renaissance « , nous emporte-elle tant elle a un écho dans le cœur et l’imaginaire du lecteur.

Dans le même temps des métaphores font choc, bien que discrètes, comme par exemple  » Avec pour malle /Ses délires /D’images /A profusion « .

Cette poésie est remarquable également par n rythme qui, avec ses brèves strophes coupées en deux par les bandes aux couleurs de l’Afrique, mime les  » forces incantatoires  » du chant  » des oubliés-de-la-mer « . Y participent aussi  des allitérations fréquentes et audacieuses teintées parfois d’humour :  » L’alizée zèbre / Tout passé « ,  » Darkman à Dakar « . Plus loin on s’émerveille de lire :  » Une matinée bleue / Comme mangue / Tenue dans une main / Me mystère / Jusqu’ à l’origine des gestes « . Et tout un vocabulaire concret  colore une poésie qui, ici, se veut réaliste et témoigne de l’expérience de la voyageuse :  » ‘arbre scarifié « ,  » moutons et chèvres « ,   » ébène « , « encens « ,  » gris-gris « , breloques, paniers  » etc.…

A toutes ces trouvailles s’ajoute un jeu avec la langue qui va jusqu’à faire verbe un substantif dans un cri empathique conjugué à la première personne :  » Et j’Afrique « . Une véritable jubilation est bien ici ressentie par celle qui a conscience de la servitude de  » sa peau américaine « .

Eloge donc dans ce dernier opus de tout un continent, de ses joies qu’il faut prendre-pour-soi, de sa musique et de son art brut.

Femmes, hommes, animaux, danseurs, marabouts, poètes et musiciens, tous gagnent à être connus et méritent le chant d’honneur de Claudine Bertrand chavirée et  » interdite  » par cet  » autre ailleurs « .

Au large du Sénégal, Claudine Bertrand, poésie, illustrations Michel Mousseau,
Éditions Rougier, collection « Ficelle », France, 2013.