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Claudine Bertrand et l’Afrique par Thierry Sinda

Dans les poèmes que nous vous donnons à lire, la poétesse canadienne Claudine Bertrand exprime sa fascination pour l’Afrique et pour la peau noire qui y est maîtresse ès beauté. C’est sous le grand
étendard Passion Afrique qu’elle les a tout naturellement regroupés.
Même si Claudine Bertrand a forcément un regard d’Occidentale, elle est illuminée par ce « pays de ruine et de lumière » par « ce pays de la mort » « où prononcer le nom du Tyran / te rends la parole » !
En tant que poétesse sensible à tous les ailleurs, elle tente de faire sauter les « portes closes » des « lèvres interdites » « Jusqu’ à ce qu’une fleur apparaisse » à celui qui « attend(s) les mots des poètes /comme des clés/ qui libèrent de la barbarie » !
Dès lors sa poésie se fait engagement en faveur de la dignité de celui qu’elle appelle dans son prisme blanc : l’ « Homme sauvage / à la bouche nomade » et qui n’est autre que l’Africain noir…
S’aventurer sans freins dans les méandres initiatiques de l’Afrique sauvage réattribue la profonde parole-lumière à Claudine Bertrand, laquelle découvre, au risque de se grandement brûler les yeux : la perfection de la prière noire de l’Amour noir ensorceleur : « aimer est une prière noire / Au rythme du tam-tam / des peaux nues / brillent comme une affiche ».
La poésie de Claudine Bertrand est une poésie subtilement engagée, où la force des images, propres aux authentiques poètes, domine. Dans son sujet de passion, et bien au-delà de son sujet de passion, sa
mémoire ancienne formatée l’amène à déborder mécaniquement en émettant des prises de possession relatives à l’écriture, à la mort, au
rôle des poètes et à l’Histoire.
Thierry SINDA

   Fleurs d’orage

 J’avance comme l’eau, cette citation du poète Roland Giguère au souvenir de qui est dédié le recueil de Claudine Bertrand, oriente notre lecture. C’est indiquer que le mouvement (qui implique énergie) est au principe de la vie, comme de la parole-poème et de la voix elle-même, et du temps qui ne cesse pas.
(Extrait de la postface de Lionel Ray).

Fleurs d’orage, Éditions Henry, France, 2015,
Prix International Alexandre Ribot 2016, décerné au Marché de la poésie à Paris.
Illustration pour la couverture : Isabelle Clement.

Sur « Fleurs d’orage » : lire le « Fil de lecture » de France Burghelle-Rey et la postface de Lionel Ray

A propos du livre « Carnet de route à quatre voix »

       Carnet de route à quatre voix.

         Angela. Cinta. Monique. Soledad.

               Préfaces de Michelle Bachelet et Dimla Rousseff

    Editions Tirésias

   « Carnet de route à quatre voix est un livre unique écrit par des femmes. Un livre publié par les Editions   Tirésias et Michel Reynaud, qui a fait du combat des femmes pour l’égalité ses racines d’homme et d’éditeur.

Carnet de route est un récit sans dissonance ni rupture dans l’écriture. Passant avec Angela, Cinta, Monique et Soledad du Brésil à l’Argentine et au Chili. Récits chronologiques de décennies de violences de ces dictatures avec les peurs qu’elles ont instillées au plus profond des êtres, les horreurs absolues incrustées dans les consciences. Récits contre la résignation, mais aussi, de ces moments rares que la vie propose au milieu des drames, dans ces combats illégaux mais non clandestins ; ou de la séparation à la prison et jusqu’à l’exil, les couples finissent par se retrouver.

Récit conclu, par cet épilogue de Monique, à l’origine de ce projet il a maintenant plusieurs décennies ouvrant des pistes politiques inédites qui se proposent d’éviter de retomber dans ces mouvements de balanciers :            perdant/perdant qui ne mènent qu’à ce qui a échoué ou à cette liberté sans limites ni contrôles, d’exploiter les peuples qui n’ont menés jusqu’ici qu’à ces exploitations mortifères de la terre et des hommes.

Premiers du genre, ces récits, parce qu’écrits en toute liberté par des femmes. Des femmes faisant face aux sanglantes dictatures d’Argentine du Chili et du Brésil. Dictatures nées de coups d’Etats suscités, encouragés, voulus et soutenus jusqu’à leurs épuisements par des USA, déterminés à dominer sans partage tout un continent.

Carnet de route, décrivant la peur au ventre, les violences, les arrestations, les séparations et les tortures ; qui violent les peuples dans leurs dignités et les êtres dans leur intimité; mais qui forgent, révèlent, fortifient, et vivifient, les caractères déjà si singuliers de chacune d’entre ces femmes.

Quatre femmes parmi d’autres ; prenant totalement leurs vies en mains, refusant de s’isoler, de se résigner, et devenant des combattantes. N’abandonnant jamais leur dignité, comme leur féminité. Témoignages vivants et dignes, de ce que furent leurs sorts incertains, tout au long de ces décennies.

Ecrivant des choses magnifiques, mais si évidentes en fait ; sur ce qui différencie les deux sexes, sans les séparer. L’homme, il est fait de ci ; la femme, elle est faite et constituée de ça. La vie n’a pas à nous enfermer dans le registre traditionnel des contingences sociales ou religieuses, écrivent-elles. Démontrant, s’il le fallait encore, que c’est ensemble, qu’il nous faut en finir, avec des siècles d’infinis servages, qui n’ont faits jusqu’à présent, que réduire l’humanité toute entière, au plus petit et plus étroit dénominateur.

A se demander, si à travers les récits d’Angela, Cinta, Monique et Soledad, ce livre ne nous convie pas à redécouvrir, parmi les plus beaux des enseignements, que seules des femmes pouvaient nous inviter à partager avec elles en ce début de 21ème siècle.

Parce qu’à aucun moment… A aucun moment : Angela, Cinta, Monique et Soledad n’ont tentés de retirer quoi que ce soit aux hommes, puisqu’à travers leur Carnet de route, elles n’ont fait à mes yeux… que rétablir l’équilibre !

Sylvain Briant »

Ce texte pris entre guillemets, est destiné à être publié intégralement, sans rajout ni retrait, sauf accord de l’auteur.

Monique Blaquière Roumette, universitaire, Paris-Nord. A publié trois livres sur le cinéma latino-américain et participé à  l’écriture de cinq documentaires. Traductions d’articles divers, de deux romans, de poètes argentins, dont Juan Gelman. A publié un essai, L’énigme des anges, éd.e/dite, 2005; un roman, Le val d’absinthe, 2011, éd. de l’Aube, sous le nom d’Anna Roman.

A pris l’initiative de ce livre pluriel.

Angela Arruda, Brésilienne, après onze ans d’exil, au Chili d’abord, à Paris ensuite, vit et travaille actuellement au Brésil  dans l’Institut de Psychologie de l’Université Fédérale de Rio de Janeiro. A publié des essais portant sur les cultures et les identités latino américaines en collaboration avec des chercheurs brésiliens, mexicains, vénézuéliens  et français.

Cinta Freire Cordier vit en France dans les Landes. Fille de trois pays, la France où elle est née, l’Espagne que sa mère a dû quitter lors de la Retirada, la Russie patrie d’un père  à peine connu, elle a parcouru l’Amérique latine en tant que journaliste. Collaboratrice à l’agence SIPA PRESSE, free lance dans diverses revues et publications. Elle participe avec  sa mère au travail de mémoire sur les femmes et les enfants républicains espagnols qui furent internés dans les camps français.

Soledad Bianchi, universitaire chilienne, a dû quitter son pays entre 1975 et 1987. Exilée à Paris,  elle collabore à la revue Araucaria et enseigne à l’université de Paris-Nord les littératures chilienne et latino américaine contemporaines. Elle a publié  deux anthologies et quatre essais sur poésie et littérature chilienne.

 Guillermo Nuñez, peintre  né à Santiago du Chili où il a reçu en 2007 le Prix National des Arts. Son courage, son audace et son humour  valurent  à ce grand artiste, qui est aussi écrivain, d’être par deux fois détenu sous la dictature. Dans son œuvre ample et variée il exprime avec une grande force plastique « les formes extrêmes de violence exercées par l’État sur les corps ».